Tout ça pour ça !

Mi octobre, on a pu lire dans la presse que les responsables de la Coopérative Fromagère de la Planèze(CFP) ont décidé de déposer un dossier de « Pôle d’Excellence Rurale » (PER) pour le financement d’un atelier de transformation lait pasteurisé et lait cru « haut herbage » sur le territoire de Pierrefort.

L’atelier créé en 1928 à Valuéjols a vu également se développer, sous l’impulsion des producteurs de la Commune, une démarche qualité pour la fabrication du Cantal lait cru « haut herbage ».

Outre l’incohérence de vouloir installer un atelier de transformation de lait sur un territoire de vaches allaitantes (Pierrefort), il n’est pas acceptable qu’on enlève cet atelier à la commune ou au territoire de la Planèze qui est une zone de collecte de lait reconnue de notoriété publique.

Les producteurs, le Maire et le Conseil Municipal ont découvert, comme vous, cette information dans la presse. Ils ont alors appris que la coopérative avait acheté un terrain à Pierrefort, semble-t-il en juillet dernier, afin d’agrandir l’atelier déjà existant qui jusqu’alors ne traitait que le lait pasteurisé.

Le lait cru est quant à lui transformé à Valuéjols.

La commune a pris plusieurs décisions engageant l’avenir : achat et mise à disposition d’un terrain, sortie de la communauté de communes, et ceci toujours afin d’aider la coopérative à faire avancer son projet.

A savoir également que le projet de la coopérative sur Pierrefort n’est pas intégré dans le projet de territoire du pays pierrefortais, alors qu’il était inscrit dans le projet de territoire de La Planèze.

L’Etat attendait que la CFP dépose un dossier « Pôle d’Excellence Rurale » (PER) sur la Communauté de Communes de Planèze. Libre ensuite pour la coopérative, si le PER était accordé, de décider de son implantation. Et la mise à disposition du terrain sur Valuéjols était un atout non négligeable pour choisir la commune.

Pourquoi ce PER sur La Planèze n’a-t-il jamais été déposé ?

Le projet d’atelier initialement prévu pour Valuéjols prévoyait de traiter 10 millions de litres de lait cru.

N’était-ce pas trop ambitieux ?

Un projet revu à la baisse aurait peut-être été possible, a-t-il été envisagé ?

Depuis combien de temps la décision de délocalisation avait-t-elle été prise par quelques uns ?

Voilà toutes les questions que les élus de Valuéjols se posent et pour lesquelles aucune réponse satisfaisante n’a été donnée !

Ils estiment avoir pris les bonnes décisions au bon moment afin d’aider la coopérative.

Ils regrettent cette délocalisation et s’étonnent qu’on puisse « déshabiller » un territoire pour en « habiller » un autre, en cette période de crise où la cohésion territoriale et la solidarité devraient être de mise.

L’Assemblée Générale de la CFP a eu lieu le mercredi 8 décembre à Pierrefort.

Une conférence de presse était prévue par la coopérative à l’issue de l’Assemblée Générale.

Vous avez sans doute lu le résultat du vote à l’ordre du jour : vote sur l’emprunt de 2 millions et demi d’euros.

Alors que l’Assemblée Générale des producteurs qui vont financer l’outil, n’avait jamais été amenée à se prononcer sur le contenu du projet et son emplacement, elle a voté à 60% pour l’emprunt.

Donc, 40% des producteurs sont défavorables au projet et ne souhaitent pas le financer, dans ces conditions.

Un tel projet dans ces conditions est-il viable ?

Ces producteurs resteront-ils dans la Coopérative ?

Les élus interrogés par la presse, même s’ils respectent la décision de la CFP, sont tous réticents sur le déplacement de l’atelier d’un territoire à l’autre.

Le lait cru « haut herbage » est bien une production emblématique de la Planèze, même si d’autres territoires le produisent aussi actuellement.

Mais ce sont bien les producteurs de Valuéjols qui l’ont initié.

La méthode employée, qui a consisté à tenir les producteurs à l’écart des décisions, a créé la division entre eux, c’est indéniable. C’est préjudiciable à l’outil, car tout ce qui est fait en catimini est malheureusement souvent l’objet de soupçons. La transparence n’aurait-elle pas dû être la règle ?

Enfin, faisons un peu de politique fiction.

Si la Communauté de Communes de la Planèze n’avait pas envisagé la délocalisation de l’entreprise alors que cette dernière, à l’époque, souhaitait rester à Valuéjols, l’atelier serait sans doute en construction !

Si le Préfet avait autorisé la sortie de Valuéjols de cette Communauté de Communes afin de rejoindre celle du Pays de Saint Flour, un atelier relais aurait pu voir le jour, à Valuéjols, et l’outil serait sans doute en construction !

Qui donc est responsable ?

Ceux qui empêchent les choses de se faire comme elles l’auraient dû ?

Ou bien celui qui défend, bec et ongles, son territoire, par tous les moyens légaux à sa disposition, quitte à déplaire à tous ceux qui sont attachés au règne de la pensée unique ? Ne pas faire de vagues et tout accepter !

Le Conseil Municipal, à l'unanimité des présents (13 sur 15) a voté une motion pour soutenir les producteurs opposés à la délocalisation de leur atelier et déplorer cette décision.

C. MISSEGUE